jeudi 20 juillet 2017

L'exception Radiohead

Radiohead + Clive Deamer, arrivé pour The King Of Limbs


Un principe suffisamment démontré dans l’histoire contemporaine est que le succès d’un disque — ou d’un livre d’ailleurs — est inversement proportionnel à la dose d’originalité qu’il contient. En d’autres termes, un gros vendeur, disons un bon fabricant de tubes, ou de best-sellers, ne doit s’écarter des recettes en vigueur à son époque (s’il s’en écarte !) que dans l’optique d’ajouter une pincée de piment, pas trop fort, à son ragoût habituel. De même, un trop haut niveau d’exigence artistique est généralement fatal pour alimenter comme il se doit le tiroir-caisse. En résumé, on pourrait dire qu’un produit destiné aux hit-parades et aux divers top 10 ne doit jamais trop s’écarter de la moyenne et des conventions régnant dans le (/les) pays et l’époque où il apparaît.
Comme dans toutes ces règles vaguement socio-économiques, il existe, par bonheur pour les gens comme moi qui pensent que le succès devrait être à la hauteur de la réussite artistique ou de l’originalité, quelques notables exceptions. Elles sont très rares cependant. Je les estime personnellement à une pour cent. Comme toujours on pourra discuter de ce chiffre que je viens de tirer de mon chapeau. Peu importe, on a compris l’idée.
Dans cette optique, je n’ai pas peur d’affirmer que Radiohead est un authentique miracle moderne. Dans le monde de la musique contemporaine — oui, oui, y compris la musique dite “sérieuse” — je ne vois pas beaucoup de musiciens aussi novateurs et artistiquement accomplis. Ici, comme indiqué, le et est crucial ; c’est même ce qui distingue ce groupe de nombreux autres novateurs, grands expérimentateurs mais assez piètres praticiens si j’ose dire. En gros, avec Radiohead, on a à faire à des trouveurs quand la plupart des autres se contentent d’être des chercheurs.
Kid A est probablement le plus magnifique exemple de ce que j’avance. L’audace et l’originalité se conjuguent avec un aboutissement artistique exceptionnel, rarement atteint dans le reste de leur œuvre (je n’excepte pas, surtout pas, OK Computer, bien plus inégal et moins satisfaisant en tant que tout que cet ovni extraterrestre qu’est Kid A). Même encore récemment, ils nous ont gratifiés de quelques opus remarquables selon les critères cités plus haut. Je pense en particulier à The King Of Limbs, plutôt mal accueilli par le public et encore plus mal, à tort de mon point de vue, par la critique. Le reproche qui leur a été le plus souvent adressé par cette dernière, particulièrement malavisée, est que l’album n’offrait rien de neuf. Eh bien je ne connais rien, pas même dans leur discographie, qui ressemble à cet album pris dans son ensemble (il faut absolument l’écouter dans son intégralité car sa force tient précisément à son unité étrange et polymorphe). En revanche leur dernier opus révéré par cette même critique, A Moon Shaped Pool, quoique plutôt agréable et réussi en effet, avec même deux ou trois très bons titres, fait clairement du neuf avec du vieux. Je dirais que c’est un autre Hail To The Thief, en moins bon.
Sans doute trouvera-t-on dans le monde musical actuel, en cherchant bien, d’autres exemples de cette justice scandaleuse où l’argent et la gloire vont à ceux qui le méritent le plus. Mais à un degré aussi anormal, j’en suis moins sûr.

dimanche 9 juillet 2017

Ange de la nuit (illustration)

L'Ange de la Nuit : aquarelle, rehauts, feutre

    Illustration originale pour la couverture du recueil de récits fantastiques Esprits de la nuit, Livre I : Danse Avec La Mort.
Comme souvent dans mes illustration, l'observateur attentif pourra détecter un anachronisme ou une anomalie destinée à renforcer l'impression d'irréalité. Ici, il s'agit de la Lune. L'ombrage est impossible. En effet, il faudrait pour cela que notre satellite tourne autour de la Terre dans un plan incliné à 90° par rapport au plan écliptique, ce qui n'est évidemment pas le cas. Nous sommes donc dans un autre monde.