jeudi 13 octobre 2016

Formatage des illustrations pour livre kindle : retour d'expérience

    Après quelques années de pratique, je reviens à ce problème finalement assez épineux pour le novice et même pour celui qui ne l'est pas.
    Formater des images intérieures pour un livre papier n'est pas bien sorcier si vous respectez les indications données par l'imprimeur (en l'occurence CreateSpace). En revanche, de manière peut-être assez contre intuitive, c'est bien plus délicat pour un e-book, puisqu'il peut être vu sur des appareils différents avec des résolutions maximales et des tailles d'écran différentes.
   Amazon donne assez peu d'infos sur cette question (vous pouvez trouver leurs recommandations dans votre biblio KDP dans la rubrique « formatage d'une image intérieure »). Une des raisons probables au flou entretenu est justement que le formatage idéal d'une illustration dépend de la machine sur laquelle vous allez la visionner et il y aurait sans doute trop de cas à étudier. En fait la seule info vraiment utile et assez précise à la fois que j'ai pu trouver dans cette rubrique est le meilleur rapport pour une image si le but désiré est de couvrir le maximum de l'écran de la liseuse, à savoir 9 sur 11. Bien sûr, rien ne vous empêche d'utiliser un autre rapport. Si comme moi vous faites vos illustrations, il vaut tout de même mieux essayer de se rapprocher de ce rapport ou l'image risque d'être beaucoup plus courte que vous ne le pensiez, avec un blanc suivant l'image, si par exemple la largeur est plus importante, ou très maigre si c'est la hauteur qui excède de beaucoup la longueur avec un blanc à droite de l'écran (dans ces cas-là, mieux vaut peut-être ne pas faire de saut de page et centrer l'image par rapport au texte en hauteur et en largeur, par exemple, ce qui permettra au moins d'avoir une image au centre de l'écran et non collée à gauche ou en haut). En voici un exemple :



   Attention, il s'agit là d'images intérieures, pas de l'image de couverture dont le rapport doit être de 5 sur 8 (H = 1,6 L). Pour cette dernière, les infos données sont suffisamment précises et permettent assez facilement de créer une couverture respectant des critères disons professionnels (vous pouvez les trouver dans les aides qui figurent dans votre biblio quand vous créez la couverture).
    Finalement, mes conclusions à ce sujet sont les suivantes :
- Inutile de choisir une résolution très supérieure à 100 dpi, sauf si votre illustration est très petite et donc peu lourde (en ko). D'abord parce que lors de la conversion au format kindle, elle sera automatiquement compressée. Ensuite pour minimiser quelque peu le poids de votre fichier, qui détermine les retenues sur royalties par Amazon due à la longueur du téléchargement (eh oui, tout se paye, même quand c'est gratuit!) dans le cas où vous avez choisi la formule à 70 %. En fait, même si vous avez des images à plusieurs MB, votre retenue reste assez faible, en raison de la conversion effectuée lors du téléchargement de votre fichier, comme je l'ai expliqué (il est ainsi faux, comme je l'ai lu dans un forum, de dire qu'une image de tant de MB entraîne automatiquement une retenue de tant d'euros : ce n'est pas le poids de vos images originales qui comptent mais celui qui reste après formatage kindle ; et je peux le certifier car j'ai fait l'essai avec des images nombreuses et très volumineuses, bêtement sans doute mais j'ai toujours besoin de vérifier par l'essai ; ceci aurait dû avoir pour conséquence que je paie Amazon à chaque exemplaire vendu si on suivait la règle que chaque MB entraîne 0,1€ de retenue et donc un livre de 20 MB comme c'était le cas, avant formatage kindle, aurait dû me coûter 2€, soit un peu plus que le montant de mes royalties).
- J'ai lu ici et là que les résolutions 72 dpi ou 80 dpi étaient les meilleures. Attention, cela ne signifie pas grand-chose pour un objet qui reste aussi virtuel qu'une image sur un écran. Il ne s'agit pas d'un fichier qui va être imprimé selon des dimensions spécifiées comme dans le cas d'un livre papier. Il vaut bien mieux se fier au nombre de pixels en hauteur et/ou en largeur. De plus, comme je l'ai dit, toutes les liseuses (et toutes les tablettes!) ne sont pas égales sur ce plan ; il vaut donc mieux prévoir un peu plus, en taille (nombre de pixels) ou en résolution! Certaines liseuses en couleur, comme les Fire et Fire HD6 sont réputées avoir des résolutions allant de 171 à 252 dpi ! Finalement, et en conclusion, quelle que soit la taille de mon image (simple vignette ou illustration remplissant l'écran de la liseuse) je m'arrange pour que le plus grand côté soit compris entre 1000 pixels minimum et 1500 maximum, ce qui bien sûr fait fortement varier la résolution. Je ne me soucie donc pas de la résolution, qui en réalité est un problème d'imprimeur et qui ne me concerne donc pas dans le cas présent. Cette taille n'est pas idéale pour toutes les liseuses et toutes les tablettes mais je considère que c'est un bon compromis.
   Reste la question de la mise en page, mais cela dépend tellement du logiciel utilisé que je renonce à rentrer ici dans les détails. Cela mériterait un article à part, que j'écrirai un jour... ou pas.


mardi 27 septembre 2016

Avoir ou ne pas avoir de lecteurs : un problème de catégories ?

   Tout éditeur et tout écrivain sait, ou devrait savoir, que neuf lecteurs sur dix achèteront un livre en raison principalement, sinon uniquement, de sa catégorie. Le nom de l'auteur, sauf si vendeur reconnu de best-sellers, le titre le l'ouvrage, sans même parler de sa qualité littéraire n'ont guère d'importance pour ce type de lecteurs. Bien sûr, la qualité de l'histoire et de l'écriture finiront par intervenir à long terme pour débrouiller le bon grain de l'ivraie. Mais si votre livre n'est pas dans la bonne catégorie, rien de cela ne risque d'arriver, puisqu'il ne sera ni acheté ni même lu, peu importe sa qualité, si extraordinaire soit-elle.

   Parmi ce groupe de lecteurs, que personnellement donc j'évalue à 90 % du lectorat total, les fans de thrillers achèteront des thrillers, les fans de SF des livres de SF, les fans de romans sentimentaux des romances, etc.

    Tout ça est presque une évidence et ne souffre guère la discussion, hormis les chiffres qu'on peut toujours affiner.

   Néanmoins, ce comportement a entraîné et entraîne vraisemblablement toujours des ratés spectaculaires dans le monde de l'édition.

   Imaginez que vous soyez éditeur et que vous receviez par la Poste, ou plus probablement de nos jours par e-mail, un roman formidable mais qui n'appartient à aucune catégorie de façon évidente (même le mainstream est une sorte de catégorie, qui se partage avec le classique une autre variété de "lecteurs", celle qui remplit sa bibliothèque de livres qu'ils ne lisent jamais, un peu comme on remplit son salon de toiles de grands maîtres qu'on ne regarde jamais). Vous avez une déplorable alternative : soit vous forcez le livre dans une des catégories dont vous disposez et vous trompez le lecteur, ce qui a généralement pour résultat de le mettre de très mauvaise humeur, ce qui a des conséquences futures fort néfastes pour votre petit commerce, soit vous vous résignez à la triste réalité et vous le mettez dans les inclassables et vous pouvez être sûr que les lecteurs vont se compter sur les doigts des mains, hormis le cas où l'auteur serait déjà multi primé et auteur de nombreux best-sellers (et encore, pas sûr que ça marche bien longtemps pour la raison que je viens d'indiquer plus haut).

    L'histoire littéraire a plusieurs exemples fameux de ces livres absolument impopulaires alors que leur qualité ou leur intérêt est extraordinaire dans le sens le plus strict.

   Je pourrais parler de Moby Dick. Bien sûr, aujourd'hui, il s'agit d'un classique des plus lus et appréciés, enfin théoriquement, car il fait bien sûr partie de la plupart des bibliothèques d'apparat dont je parlais tout à l'heure. Et bien sûr, plus grand monde ne doute que ce soit un des chefs-d'œuvre de la littérature. Mais à l'époque de sa publication, Moby Dick et son auteur ont souffert d'un bide monumental (puisque c'est un monument). Problème évident de catégorie. Si vous mettez ce roman dans la catégorie aventure maritime, comme cela a été fait, et bien que ce ne soit pas faux si on s'en tient au résumé, vous trompez le lecteur car vous savez bien que ce n'est pas du tout le genre de roman qu'attend le lecteur d'aventures maritimes moyen. Offrez ce livre à votre enfant qui a l'habitude des romans de mer de Jack London ou Stevenson et il vous regardera comme une espèce de fou, s'il ne vous en tient pas rigueur pour au moins les dix prochaines années de sa vie.

   Un autre roman de Melville a connu un sort encore plus horrible, un oubli quasi total et apparemment définitif, puisqu'il s'est perpétué à toutes les époques y compris la nôtre et semble-t-il universellement (il suffit de regarder son classement sur Amazon.com, Amazon.uk, Amazon.fr, etc.). C'est pourtant, selon moi et quelques autres, le meilleur roman, et de loin, de l'auteur avec Moby Dick : il s'agit de Pierre ou les Ambiguïtés. Mais comme j'ai déjà longuement parlé des mérites et des défauts de ce roman aussi étrange que remarquable dans cet article, je n'en dirais pas beaucoup plus. Sachez tout de même que l'intention (belle ironie) de Melville était de faire un roman qui plairait au grand public et pour ça, l'auteur pensait écrire dans la catégorie romance (et s'assurer ainsi un lectorat féminin qui lui échappait en grande partie). Je laisse au lecteur le soin de vérifier à quel point les espoirs lucratifs de ce pauvre Melville étaient mal placés.

   Je voudrais parler un peu plus longuement d'un roman encore moins connu, publié juste une dizaine d'années après celui de Melville, d'un auteur un peu moins connu, mais au moins aussi remarquable par son contenu et certainement supérieur dans son écriture et son achèvement : il s'agit de La maison près du cimetière de Le Fanu. Actuellement, il est en rupture de stock en langue anglaise, comme il a dû l'être durant l'essentiel de sa carrière, peut-être légèrement mieux loti en France, assez étonnamment, mais ce n'est probablement dû qu'au hasard d'une réédition plus récente.

   Comme Pierre, La Maison près du Cimetière (The house by the churchyard) n'a jamais, à aucune époque, connu l'ombre d'une popularité. Son éditeur de l'époque, ainsi que les éditeurs actuels, s'obstinent à nous le vendre comme un roman à mystères (ou à énigmes) chez les anglo-saxons et comme un roman fantastique gothique* chez les francophones. Or, le seul passage fantastique de ce roman imposant à tout égard, puisqu'il compte tout de même plus de 600 pages dans l'édition française, est un bref chapitre d'une douzaine de pages, excellent certes, mais sans rapport avec la ligne centrale, ou plutôt les lignes centrales du roman et qui peinera à justifier l'appellation qu'il a reçue pour ces neuf lecteurs sur dix dont je parlais. Des mystères, le livre en compte bien quelques-uns, des meurtres ou des morts inexpliquées, mais ils n'occupent qu'une faible partie du roman, et surtout ils donnent l'impression désagréable, si vous êtes amateur de ce type d'histoires, de se situer plutôt à la périphérie qu'au centre de l'ouvrage. Alors comment l'appeler ? Roman historique (car il se passe dans l'Irlande du XVIIIème s et Le Fanu l'a écrit en 1863) ? Douteux : les allusions à l'Histoire avec un grand H sont trop faibles. Roman d'aventures ? Roman épique ? Beaucoup trop de dialogues et de scènes lentes, sentimentales ou descriptives. Mélodrame ? On rit beaucoup plus qu'on ne pleure dans ce roman. Pour prendre un seul exemple : un des climax du roman, un duel, au lieu de déboucher sur l'événement tragique qu'on attend, se révèle en fait une des scènes les plus hilarantes du livre. Un roman comique ou satirique. Ach ! Damn ! C'est pas ça non plus.

   Personnellement, faute de mieux, je le classerais dans les romans tragicomiques avec énigmes et un fantôme en prime (très fugitif le fantôme, comme j'ai dit, mais d'une espèce très rare et franchement répugnante). Le problème est que cette catégorie n'existe pas, du moins pour les romans. Je ne peux, pour l'ambiance générale, que le comparer en fait aux tragicomédies de Shakespeare, qui, d'évidence, tirent plus vers la comédie que vers la tragédie, disons un mélange de la Nuit des Rois et du Songe d'une Nuit d'été. Mais bon, entre une pièce de théâtre et un roman de cette épaisseur, il y a tout un monde !

   Lorsque j'ai lu ce roman, le seul écrivain auquel j'ai pensé à plusieurs reprises a été Joyce et son Ulysse, que j'avais dû lire, partiellement, peu de temps auparavant. Et j'ai eu plus tard la confirmation que mon impression était juste en apprenant que Joyce avait reconnu l'influence de Le Fanu et de ce roman en particulier sur … Finnegan's wake, ce délire verbal et cérébral. Comme vous le devinez, je suis un lecteur peu fanatique de Joyce, en particulier de son dernier livre cité, mais les chapitres du roman de Le Fanu qui m'y ont fait penser sont vraiment délectables, eux : probablement parmi les dialogues et monologues les plus drôles et les plus débridés que j'ai lus, toutes catégories confondues.

   Naturellement, sur ce, j'invite tout lecteur de cet article à essayer de se faire une idée par lui-même et de lire de bout en bout La Maison près du Cimetière, qui le mérite bien selon moi, mais sans grand espoir...

* Il faut tout de même reconnaître à l'éditeur français une certraine honnêteté qui change de l'habitude : dans sa dernière présentation du roman de Le Fanu, il ne tente guère de le faire rentrer dans une case prédéfinie, forcément trop petite pour lui. Mais quand on voit le classement du livre, on peut  se dire que l'honnêteté ne paie pas (c'est l'autre mauvais côté de l'alternative).

vendredi 9 septembre 2016

Storeys From The Old Hotel by Gene Wolfe : a review

   His best collection of short stories in my opinion. As the title hints, there are often, maybe always, more than one storey in these stories. And often, it is quite hard to categorize them between sci-fi, fantasy, historical romance or none of the three.
   Let's take a quick look at some of the best stories of this collection.
   Slaves Of Silver and Rubber Band (1971, 1974): two mystery stories with the famous Sherlock Holmes, but it takes place in a far future and his Watson is a bot (still somewhat stupid). Both are excellent, but even better the last one. Wolfe is a terrific mimicker. Because, of course, he's not only mimicking; he gives much more than he has to.
   Westwind (1973): a moving quest story. Emotion is rare enough, I feel, in Wolfe's work, so it is even more precious. The odd thing with this is his more moving stories are usually led by a female character and not of the young or gorgeous sort.
   The Packerhaus Method (1970): one of his oldest fictions. And one of his very good ones. The plot is really good but pretty sneaky, as often with Wolfe, and will give you a thrilling twist about the end if you contrive to grasp its meaning.
   The Marvelous Brass Chessplaying Automaton (1977): a mystery story located in a kind of ancient germanic kingdom. Just... marvelous ! Wolfe is almost always successful in making mystery stories but in this case, he is at the top of his craft writing.
   In Looking-Glass Castle (1980): a story taking place in a dystopian USA when womankind is in command and male people are almost gone (their nickname is “pigs”). In those days, Women have clones, several if they are rich enough, have no relation with men, or at risk of being excluded from society, even worse, and engage in pig hunts. Wolfe doesn't say what happened to men. Don't take me wrong : although the gender war may usually seem rude and lacking of nuance, in this case, it's a beautiful, subtle and moving narrative. My guess is the girl is mad.
   Cherry Jubilee (1982): again a mystery story but this time in a star cruiser. Wonderful tale. I am always not sure of the whodunit but it doesn't matter. A kind of Mystery Of The Yellow Room but here, the killing happens in a coffin launched in outer space.
   A Solar Labyrinth (1983) : a huge masterpiece, and yet a miniature. There are so many levels in this tale of a maze maker that we could write a library about it. In a way, it is the Book of The New Sun condensed on three pages, perfect achievement in addition. Wolfe could indeed entitle his short story : Shadows of the (New) Sun.
   Death Of The Island Doctor (1983): fourth and last of the variations around these three words : island, doctor and death. The simpler, the lighter, the shorter and the more touching of the four.
   The Choice Of The Black Goddess (1986) : a very entertaining quest story about a treasure hunt. It takes place in a desert island and features sailors and comedians... and a goddess? Good characters and very interesting plot.
   There are other big stories in this book and I think all of them are worth reading. As you could see, another interest is that the collection covers a wide range of time, from the very first, Trip-Trap (1967) to In the Old Hotel (1988), which is also the range of time when Wolfe was at his best.
This collection is not necessarily better than his first, The Island Of Doctor Death And Other Stories And Other Stories, but this one is definitely more touching.

vendredi 3 juin 2016

Les machines à remonter le temps



   Il y a différentes raisons pour lesquelles je n'aime pas les histoires de voyages dans le temps. Plus précisément, les histoires où l'un des personnages remonte le temps. Mais la vérité est que j'éprouvais ce rejet bien avant d'en connaître les raisons (à supposer que les raisons que j'ai découvertes soient bien les bonnes). Le problème n’est pas que ce type de voyage contrevienne à quelque loi de la physique. Le problème est fondamentalement lié à une question d'ordre moral ou éthique. Pardonnez-moi donc de faire pour une fois un peu de philosophie.
   Comme je l'ai dit, les voyages dans l'avenir ne me posent pas autant de problème, même si le voyageur revient ensuite dans son époque. C'est une des raisons — pas la seule, certes, qui permet d'expliquer que j'apprécie dans l'ensemble la plus célèbre de ces histoires, La machine à remonter le temps de Wells (mauvaise traduction de The Time Machine d'ailleurs, ou en tout cas inexacte et trompeuse) puisque selon mes souvenirs, un peu anciens, de ce livre, le héros passe l'essentiel de son temps à se rendre dans le futur. Le fait que le personnage en sache très long sur l'avenir n'est pas un grand problème car on peut assez facilement se sortir du fatalisme qui en découle en supposant que le seul fait qu'il en sache si long change l'avenir qu'il a vu et que donc celui-ci n'adviendra pas, rendant sa connaissance elle-même illusoire.
   En revanche, par leur essence-même, les histoires où les personnages remontent le temps sont immorales. Comprenez-moi bien : on peut certainement ne pas aimer les histoires de fées, de voyages dans les étoiles, de télépathes ou de téléporteurs, mais je ne vois pas qu'il y ait dans leur essence un problème moral ou éthique. Le problème évident dans le fait de remonter le temps est que ce pouvoir vous donne la possibilité (avec même une forte probabilité) de défaire ce que vous avez fait et bien pire, de défaire ce que d'autres ont fait. Très superficiellement, cela peut sembler intéressant. Exemple célèbre de ce soi-disant avantage : on pourrait tuer Hitler avant qu'il n'ait commis l'irréparable, ou même avant qu'il ne soit arrivé au pouvoir. On pourrait aussi le tuer enfant, ce qui serait plus facile. En fait, on pourrait tuer sa mère ou son père avant même qu'il ne soit né, ce qui reviendrait au même. Déjà, on voit le glissement possible. D'une manière plus générale, le fait de revenir dans le passé avec pour but de le modifier, même pour une affaire apparemment mineure, provoque une chaîne de conséquences qui au bout d'un certain moment ne sont plus du tout mineures, pour vous-même, pour un tiers, pour une famille, pour un pays, pour le monde entier. Vous pouvez voir l'œuvre de votre vie, votre famille ou votre vie elle-même disparaître comme si elles n'avaient jamais existé, tout cela à cause d'un voyageur du temps étourdi qui a raté le train de 17h56 alors qu'il devait le prendre. Le fait que ce genre de désagrément peut subvenir à tout moment, à partir du moment où on suppose que ce soit possible de remonter le temps, enlève à peu près toute valeur à ce que vous faites, puisque tout peut être défait sans même que vous l'appreniez jamais, et même à ce que vous êtes puisque vous pouvez être rayé du livre de la vie, réduit à néant d'un simple claquement de doigt. Ce thème a inspiré quantité de livres et de films, parfois très célèbres comme Terminator. En réalité, on pourrait dire que tout voyageur remontant le temps est un Terminator en puissance. Le plus odieux des assassins.
   Souvent, l'aspect profondément immoral de ce type de comportement est masqué par la séduction d'une intrigue où les paradoxes se multiplient à plaisir ou par le comique de situation qui peut en découler (comme se rencontrer soi-même par exemple, ou sa mère quand elle était jeune, ou la brute de l'école et lui rendre la monnaie de sa pièce, etc.). Mais d'autres fois, des auteurs un peu plus réfléchis, perçoivent si bien le problème qu'ils instaurent au commencement de leur histoire une sorte d’avertissement préalable. Par exemple, ils inventent une loi que personne ne leur contestera, étant donné que le voyage temporel est une affaire des plus obscures pour le profane, et même pour le spécialiste, tel que la loi de Bester (du nom de l’écrivain de SF Alfred Bester qui a écrit une de ses plus célèbres nouvelles sur ce thème*) qui dit que lorsque vous remontez le temps, vous ne pouvez changer que votre propre ligne temporelle. Mais même cette loi n’est pas toujours jugée suffisante, et à raison, me semble-t-il. Alors d’autres auteurs instituent une véritable charte du voyageur temporel, renforcée généralement par une armée de flics temporels. De plus, le flic doit être trié sur le volet, entraîné à ne jamais commettre le moindre anachronisme, et bien sûr à n'intervenir en rien dans les événements du passé. En bref, ces flics se doivent d'être de vrais saints laïques, ou bouddhistes peut-être (pour la non-intervention). Personnellement, j'ai un peu de mal à y croire, du moins que tous le soient. Mais il y a un autre problème qui survient si on suppose que de tels voyageurs existent, c'est qu'on voit mal alors à quoi ils servent, puisque sans eux l'histoire se déroulerait exactement de la même façon. De tout puissants, ils deviennent alors inutiles et superflus, ce qui, dramatiquement parlant, est une solution encore pire.
   Je vous ai dit la raison principale pour laquelle je n'aime pas, ou ne devrais pas aimer, les histoires où les personnages remontent le temps. Mais la morale, l'éthique, est une chose ; l'art en est une toute autre. Et je suis obligé d'admettre que R.A. Heinlein a probablement écrit une des meilleures nouvelles de la science-fiction en utilisant exactement les paradoxes et les conduites irresponsables que je dénonce. Lisez —All you, zombies— (Vous les zombis*) et vous comprendrez. Cette riche et pourtant très courte narration est vraiment le nec plus ultra, le point omega de l'histoire de machines à remonter le temps. Et elle a un grand mérite selon moi : après qu'on l'ait lu, il n'ait plus besoin d'en lire ou d'en écrire une autre.

* Liens pour les nouvelles citées (attention : spoiler !):
Remarque : il doit exister des versions françaises disponibles pour ces deux piliers de la SF, ou qui l'ont été (je ne suis pas sûr que l’œuvre de Bester ait encore beaucoup d'aura), mais je n'ai pas pu trouver; sans doute à chercher dans diverses anthologies de SF.

dimanche 24 janvier 2016

Smile of a woman

Pencil and charcoal


When I'm searching for postures to make an illustration, I used to begin with some sketches where the story's characters (especially if female) appeared more or less undressed. This one is worth going out of my book and getting some attention, isn't it?