samedi 16 mai 2015

Run, boy, run for the girl (she's running so fast)!


    
Description: a fair naked girl running in the magic half-light of the virgin forest, a soldier's trying to catch her (cos she's the enemy!) but she's running too fast and bouncing too high; but, butwhat's in his left hand? Is he really going to shoot such a lovely girl...!? 

      I've made the drawing above for my space opera novel “Promised Land” which should be released in the centuries to come. Well, in the beginning, it was supposed to be just a sketch with pencil before the real thing, with water colors or pastels or... I don't know, at any rate many bright colors. But I found this black and white so magic with the strange light of the rainforest than I finally chose to go on this way. It is a little bit more elaborated than a normal sketch of my own but I drew it fast, almost as fast as the girl's running.)


vendredi 8 mai 2015

Fille publique




  On dit qu’il ne faut pas laisser les soldats oisifs. C’est sûrement vrai. Un jour donc, j’étais soldat et ne savais que faire de mon temps libre. Comme souvent, je traînais dans la vieille ville, là où les rues deviennent si étroites et les maisons si hautes que le soleil n’y atteint pour ainsi dire jamais le fond. Je croyais bien connaître le quartier, je me trompais. Suivant une calle sans issue, je débouchai soudain dans une cour ensoleillée. Les maisons semblaient de belle fabrication et ne ressemblaient pas à un cul-de-sac. Pourtant les façades autrefois cossues étaient lépreuses et les ordures fleurissaient les trottoirs : je ne le vis pas. Des femmes au teint sombre, vagues formes affaissées, m’épiaient en tricotant depuis leurs balcons ombreux : je ne les regardai pas. Il n’y avait plus que Nina. Était-elle nouvelle dans le quartier ? Je supposai à sa blondeur irréelle qu’elle avait au moins quelque origine lointaine. Comme elle était éblouissante sous le soleil d’été ! Son âge semblait plus problématique mais quoique d’air farouche, elle me prit la main et ne la lâcha plus. Je la suivis donc sous un grand porche sombre qui menait à un couloir obscur qui lui-même conduisait à un étroit escalier de bois mal éclairé. En gravissant les marches, je vis que les murs étaient de contreplaqué. Elle me guida dans une chambre aveugle et triste, éclairée d’une ampoule nue, où je lui fis part de mes doutes. C’était un peu tard. Elle avait placé mes mains sur sa peau très douce et déboutonnait ma chemise avec beaucoup de soin. « Est-ce que c’est de la soie ? » me demanda-t-elle en caressant le tissu et ma poitrine par la même occasion. Tout comme ses yeux, ses questions étaient toujours sérieuses. Elle me demanda ce que je faisais, pourquoi j’étais ici et si le salaire en valait la chandelle. Nina n’était pas une fille légère. Elle n’avait rien de lascif ou de vulgaire. Elle était pourtant douce et chaude et lisse comme un petit pain au lait sortant du four.

    Ses doigts agiles explorant mon pantalon trouvèrent ce qu’ils cherchaient et sortant mon portefeuille en tirèrent trois billets qu’elle me montra bien en face. Le premier fut pour sa peine, le second pour la chemise de soie présumai-je, et le dernier fut remis à sa place. Immobile, je la laissai faire. De sa main libre, elle chassait les mouches ou se grattait le genou ; parfois, elle me lançait un coup d’œil et fronçait un peu plus le sourcil à mesure que l’horloge tictaquait. Nina était honnête et de bonne volonté. Ayant essayé plusieurs tactiques et n’ayant pas ménagé ses efforts, elle dut se rendre pourtant à l’évidence : j’étais pour elle une cause perdue. Elle me rendit mon second billet et l’air toujours aussi sérieux, m’adressa dans sa langue cet ultime salut : « hasta maňana soldat, et la prochaine fois, viens avec tes munitions ».



dimanche 3 mai 2015

Les trois fantastiques

 
Le dragon fantastique : aquarelle, feutre, pigments, rehauts de blanc

Mon vieux dico me souffle que le fantastique est le royaume de l’imaginaire, de l’irréel, du surnaturel. Toujours tirée de ce même dico, une citation de Roger Caillois (ne me demandez pas qui c’est : Wiki est votre ami) tente d’en donner une définition plus précise : « … le fantastique est rupture de l’ordre reconnu, irruption de l’inadmissible au sein de l’inaltérable légalité quotidienne ». Wah! en voilà un qui ne se mouche pas avec le coude. Néanmoins c'est bien dit et je vois plusieurs mots intéressants là-dedans : rupture, ordre, reconnu, inadmissible. Je suis tout à fait Caillois dans le choix de ses termes. Oui, le fantastique n’est pas nécessairement le royaume de l’irréel et du surnaturel, comme on le croit et l’écrit souvent. Ce qui compte n’est pas que l’événement raconté ou montré soit à proprement parler surnaturel mais qu’il soit ressenti ou compris par le lecteur, le spectateur, comme tel. C’est pourquoi le choix des mots de Caillois me paraît tout à fait judicieux.

   Je dirais que ceci est la définition du fantastique la plus stricte et la plus satisfaisante intellectuellement. Et les grands noms qui s’y rattachent sont alors Poe, Le Fanu, Hoffman, Chamisso, Stevenson, Machen, Lovecraft, Borges, Sturgeon, et, si on veut, Stoker. Permettez-moi de rajouter à cette liste assez consensuelle le nom de William Hope Hodgson, bien que ce soit loin d’être l’écrivain le plus accompli qu’on ait vu dans le domaine et celui de Gene Wolfe, qui devra bien un jour être reconnu à sa vraie valeur (il suffit pour ça de mourir me direz-vous ; ce devrait être bientôt fait). Et permettez-moi d’omettre l’inévitable Stephen King, même s’il n’est pas sans mérite. Peut-être vous étonnez-vous de ne pas trouver dans cette liste quelques noms très fameux. Maupassant pourrait peut-être y figurer à la marge. En effet, selon moi, le fantastique de Maupassant ne répond pas complètement à la définition donnée plus haut. Presque rien, me semble-t-il, dans ses nouvelles dites fantastiques n’est véritablement inadmissible, rupture de l’ordre reconnu comme dit aussi Caillois. Le problème, si c’en est un, vient de l’ambiguïté de ses récits, de la non fiabilité des personnages qui les rapportent ou qui les vivent. Est-ce qu’il existe un seul texte fantastique de Maupassant où l’on ne peut pas attribuer l’événement “surnaturel” au psychisme délirant du héros ? Je n’en suis pas sûr. C’est la même raison qui m’a fait écarter Henry James et son fameux Tour d’écrou. Kafka est également un de ces auteurs à la marge du genre, que l’on pourrait accepter à la rigueur. Le problème vient cette fois du monde dans lequel évoluent les personnages, qui semble plutôt relever de la fable que de la réalité de l’époque. Or, une des conditions pour pouvoir entrer dans le genre fantastique tel qu’il a été défini plus haut est d’ancrer la narration dans le réel, et même de préférence dans le réel le plus quotidien (rappelez-vous : « l’inaltérable légalité quotidienne » sur laquelle je ne me suis pas trop appesanti). Vous me direz que La Métamorphose… Oui, à la rigueur La Métamorphose. Mais j’ai toujours le soupçon avec Kafka de lire une fable ou une allégorie, ce qui est fort bien également, mais c’est autre chose. De même, la majorité des contes de Borges, mais pas tous, pourraient être disqualifiés pour la même raison.
   Après les spécialistes du genre, viennent les amateurs, je veux dire ceux qui pratiquent le fantastique par accident et pour ainsi dire à leurs heures perdues. On pourrait citer ainsi Kipling, London, Balzac qui ont tous œuvrés épisodiquement dans le domaine et parfois pour le meilleur. On pourrait peut-être même avancer, un peu audacieusement, le nom de Shakespeare. Après tout, Le Songe d’une nuit d’été, Macbeth… Mais je suppose qu’il conviendrait mieux à ma deuxième catégorie.

   La seconde variété comprend tout ce qui en tant que lecteur ou spectateur nous semble fantastique et qui ne l’est pourtant pas selon la définition plus sévère donnée plus haut. Naturellement, cette catégorie est la plus représentée, très logiquement, et de loin. Je suppose même, sans preuve il est vrai, qu’on pourrait trouver dans chaque écrivain de renom un texte au moins pouvant entrer dans cette catégorie (certaines exceptions me viennent toutefois immédiatement à l’esprit).

   Ainsi, Tolstoï, l’écrivain diurne et rationnel par excellence, a écrit certains chapitres dans son (trop) long roman Résurrection, qui pourraient relever du fantastique au sens le plus large. Et il se trouve que ce sont aussi les plus beaux chapitres du roman. J'ai déjà parlé de Maupassant, James et Kafka que je range ici sans hésiter. Chez les Russes, Tchékhov et Dostoïevski ont tous deux également des nouvelles ou des parties de roman qui peuvent sans trop de difficulté rentrer dans la catégorie. L’œuvre de Cervantès en est truffée. Hugo en a lui aussi. La Divine Comédie toute entière est bien sûr une œuvre fantastique dans ce sens élargi.

   Chez les écrivains contemporains les plus célèbres, on peut en trouver de même. Ainsi, même chez Carver, le chantre du minimalisme, du tragique dérisoire et du banalement sordide, on peut lire cette merveille d’atmosphère fantastique qui s’appelle Blackbird Pie.

   Enfin, L'Oncle Silas, qui est peut-être le meilleur roman fantastique de ma connaissance les meilleurs écrits fantastiques étant le plus souvent des nouvelles, généralement brèves, très exceptionnellement des novellas — ne contient strictement aucun événement “fantastique”, bien qu'il appartienne indéniablement à ma deuxième variété. Lisez-le et vous comprendrez d'où sortent certaines des meilleures idées du Dracula de Stoker.
    Il existe enfin une autre variété de marginal, à vrai dire peut-être représentée par un écrivain unique, Gaston Leroux. Chez cet écrivain, on trouvera tous les ingrédients du genre, toutes les lettres serais-je tenté de dire, mais pas l’esprit. En effet, au lieu de nous persuader que les événements rapportés, souvent des plus hauts en couleur pourtant, sortent de l’ordre naturel, il s'acharne à nous persuader du contraire. Avec lui, tout peut s'expliquer : les vampires, les créatures de Frankenstein, les sasquashs, les fantômes, les savants fous… Dans sa volonté de cartésianisme, il pourrait se rattacher davantage à la SF, ou au roman de mystère à l'anglo-saxonne, comme Le mystère de la chambre jaune, si ses sujets étaient un peu moins… fantastiques. Et bien qu'il ne soit pas impossible de trouver chez lui quelques nouvelles appartenant sans discussion au genre, même selon le sens le plus strict, je ferai donc pour lui tout seul, il le mérite bien, une troisième et dernière catégorie qui portera son nom.

Quelques liens :
Blackbird Pie de Raymond Carver 
L'oncle Silas de Sheridan Le Fanu
Toutes les couleurs de l'enfer (All the hues of hell) de Gene Wolfe, recueil composé spécialement pour les Français (ça n'annonce généralement rien de bon) qui ne comprend, selon l'éditeur, que des récits fantastiques. Sans doute pas le meilleur recueil de Wolfe mais contient tout de même quelques uns de ses plus beaux textes fantastiques (Le détective des rêves, Kevin Malone, Suzanne Delage, La plus belle femme du monde). Quant à la nouvelle éponyme, Toutes les couleurs de l'enfer, excellente aussi, elle est en fait de la SF la plus pure, du space-opera ! comme quoi les éditeurs ne lisent même plus les livres qu'ils publient, c'est dire ceux qu'ils ne publient pas.
La Grande Anthologie du Fantastique, des anthologistes Stragliati et Goimard, la meilleure anthologie fantastique en langue française et de loin. On peut toutefois s'étonner de l'absence de quelques auteurs comme W.H Hodgson ou... Stephen King, qui écrit de bons textes quand il veut.