mardi 18 novembre 2014

Pochettes de disques : the good, the bad and the ugly.

Voici une petite sélection de pochettes de disques qui m'auront marqué à des titres divers... Évidemment, c'était tout de même autre chose avec les vinyles.
Je n'ai retenu que des pochettes contenant des œuvres originales (réalisées spécifiquement pour le besoin de l'album), photos, simple lettrage, dessins, ou peintures, et j'ai écarté celles qui se contentent de reprendre quelque œuvres du passé, aussi belles - ou laides - fussent-elles. Il y a pourtant une ou deux exceptions à cette règle, que je vous laisse deviner, repêchées pour l'effort de recherche iconographique ou l'extrême pertinence du choix en rapport avec le contenu.
Naturellement, il existe des pochettes plus esthétiques ou plus hideuses que celles-ci, mais celles-là ne m'ont fait ni froid ni chaud.
Enfin, j'ai éliminé de ma liste tout disque paru avant le milieu des années 60, puisque à cette époque la laideur était une règle imposée, presque jamais prise en défaut semble-t-il. 

 Strange Days/The Doors/1967. Voici pour commencer une des pochettes les plus réussies à ma connaissance, une de mes préférées aussi, toutes époques confondues. Pourtant, les Doors ne sont vraiment pas des spécialistes de la pochette esthétique. La cause indirecte de cette réussite est le refus de Jim Morrisson de figurer sur la couverture. Le photographe a fait le reste, plus un zeste de chance apparemment. Si les streets performers - certains sont des acteurs - étaient prévus, je n'ai trouvé en revanche mention nulle part du rôle réservée à la femme en robe de chambre, somptueuse, qui ouvre au petit comique. Or, c'est sa présence qui crée le décalage, l'ouverture sur un autre monde, et donc une bonne partie du sel de cette photo. A noter que Morrisson apparaît bien sur la pochette par l'entremise d'une affiche de concert, aussi bien sur le recto que sur le verso (astucieux).
Sinon le disque est très bon, pas mon préféré du groupe, mais excellent dans l'ensemble.

You and Me/The Walkmen/ 2008. Une autre superbe pochette.  La photo n'est pas mal cadrée comme pourraient le croire certains, au contraire, elle est parfaite. Juste le mystère qu'il faut. J'ai rarement écouté des disques pour leur pochette, et encore moins souvent je les ai aimés. Eh bien You and Me de The Walkmen est un de ces cas rarissimes. Un très bon album, porté par un chanteur magnifique et un son très original.

The King of Limbs/Radiohead/2011. Ce n'est pas ma pochette préférée de Radiohead; celle de Kid A, véritablement en symbiose avec la musique, est certainement meilleure mais j'en ai déjà parlé ici-même. J'apprécie tout particulièrement les musiciens qui demandent des créations originales à des artistes contemporains pour leurs pochettes. La collaboration entre le groupe et Stanley Donwood est un modèle du genre. Belle pochette encore une fois (seule celle du premier album est ratée; elle pourrait presque figurer parmi le musée des horreurs). Très bon album, difficile d'abords, artistiquement très pentu - une sorte de face nord pour l'auditeur, j'en ai peur - mais se bonifiant de façon impressionnante au fil du temps. Que Radiohead parvienne à faire du commerce avec une telle musique, et apparemment en vivre très bien, est sidérant.


Attahk/Magma/1978. Avec celle-ci, comme chacun peut le constater, on entre de plein pied au musée des horreurs. Rien dans cette hideuse pochette ne peut laisser prévoir la beauté intérieure de cet album, la splendeur poétique de Dondaï, la surpuissance de Spiritual, ou le dynamisme créateur de Last Seven Minutes. Tout ne vole pas à la même hauteur, cela dit.


 Myth Takes/!!!/2007. Superbe pochette, annonçant assez bien le fouillis endiablé de la musique de !!!  Un fouillis savant, joyeux, plaisant et plutôt dansant. Un de ces rares albums que j'ai pris pour la pochette. Pas un vrai coup de cœur comme celui de The Walkmen, mais pas mal quand même.



Foxtrot/Genesis/1972. Le tournant des années 60 et ses tendances psychédéliques est une vraie mine de pochettes expérimentales imbuvables, ce qui est aussi vraie pour la musique. Genesis en fût un  fournisseur très régulier. J'ai choisi celle-là mais j'aurais pu en trouver bien d'autres. Le moins qu'on puisse dire est que la composition et l'art du dessin de Paul Whitehead laissent dubitatif. Le lettrage, particulièrement laid, n'arrange rien.


Crisis? What crisis?/Supertramp/ 1975. Encore un groupe des années 70. Le titre et la pochette sont amusants : sans doute font-ils référence à la première crise pétrolière mais semblent encore plus justifiés pour l'époque actuelle. La pochette la plus réussie du groupe, en tous cas la plus parlante. Bizarrement je n'ai jamais écouté l'album. Pourtant, j'aime assez ce groupe, ses mélodies proprettes, claires et bien construites, en particulier School, Hide in your shell...


House of the Holy/Led Zeppelin/1973. Enfant, j'ai eu souvent cette pochette sous les yeux. Je ne sais si elle est belle ou kitsch mais je sais qu'elle est très attirante. Cependant, Led Zep n'a jamais été ma tasse de thé et je n'ai jamais écouté ce disque-là non plus (alors que j'ai bel et bien écouté le suivant et plus d'une fois : allez comprendre).



 The least we can do is wave to each other/Van der graaf generator/1969. Sorti de la même pépinière de talents que Genesis, comme on peut le deviner à la pochette. Quand on voit des peintures de cet acabit, on se dit qu'une banale photo du groupe en noir et blanc n'aurait pas été une si mauvaise idée. Tellement horrible que j'ai repeint par-dessus mon exemplaire.


I'm coming/ Jack The Ripper/2003. Belle peinture de Machado pour une superbe pochette. Le meilleur groupe français des années 2000 selon moi, malheureusement déjà disparu, semble-t-il, faute de succès. Si vous ne connaissez pas, essayez plutôt pour commencer l'album suivant Ladies First, à la moins jolie pochette, toujours de Machado, mais à la musique très aboutie.


Shiny Beast/ Captain Beefheart/1978. Celui-là, avec un nom pareil, je ne pouvais pas le rater. Encore une belle peinture, réalisée par le musicien lui-même. Don Van Vliet alias Captain Beefheart est en effet un des rares musiciens de ma connaissance à posséder aussi un talent graphique certain. Un bon album emmené par la voix géniale et sauvage du Captain, assez excentrique, baroque,plutôt hétéroclite mais pas trop débraillé, et de toute façon nettement plus audible que son soi-disant chef d’œuvre Trout Mask Replica (un sommet de la musique snob, une heures de pluie tambourinant sur un toit de tôle sous la baguette du maestro pour rire Zappa). Par la suite, Don Van Vliet a pris sa retraite de musicien pour se consacrer à son autre dada : c'est plus reposant, je pense.

 The Spinning Top/Graham Coxon/2009. Voici un autre musicien dessinateur : Graham Coxon.  Néanmoins les pochettes ne sont pas le fort du bonhomme. Le livret nous gratifie d'une véritable collection de ses œuvres picturales, très pardonnables chez un enfant de 10 ans. Coxon a la manie de vouloir tout faire lui-même. Dommage car la musique est bonne quoique beaucoup trop copieuse, variée, parfois inspirée. Son meilleur album solo à ma connaissance. Pas très loin de valoir celui, plus récent, et tout aussi intime, de son compère Damon Albarn, la voix en moins pour sûr. Un producteur armé de grands ciseaux  et un vrai dessinateur n'auraient pourtant pas été du luxe.


 The XX/2009. Première constatation : les XX suivent un concept minimaliste. Une ou deux lettres pour leur nom, une ou deux couleurs pour la pochette, un ou deux mots par titre, un ou deux instruments, un ou deux chanteurs. La pochette réussit une rare combinaison : l'ultra sobre avec l'ultra moche. Bien que l'album ait été porté au pinacle par la critique unanime, il n'est pas aussi mauvais que ça. Juste moyen. Le minimum quoi.


Born in the USA/Bruce Springsteen/1983. Faut-il commenter cette pochette ? Finesse et bon goût réunis. Mais bon c'est le boss...










Hats/The Blue Nile/1989. Dans la série des ratages, cette pochette-ci n'est pas mal non plus. Me fait penser aux anciens paquets de gitanes. C'est d'autant plus ennuyeux qu'elle enveloppe  le meilleur album des années 80. Mon préféré en tous cas. Il y a pourtant beaucoup d'erreurs dans cet album : la pochette insensée, sans aucune connexion avec la musique chaude et pleine d'âme de Buchanan, le titre sorti du même ordinateur fou, les arrangements qui sentent parfois le synthé de pacotille (à la mode de l'époque). Et pourtant quelle beauté est cachée là-dessous! Qui l'aurait cru ?!


Closer/Joy Division/1980. Un autre chef d’œuvre des années 80. Belle photo toute en clair-obscur. Incontestablement, le choix est judicieux. Difficile de faire musique plus sépulcrale que celle chantée par Ian Curtis.





Within the realm of a dying sun/Dead Can Dance/1987. La transition était facile entre ces deux-là. Nettement plus orchestral et spatieux que le précédent toutefois. Plus superficiel aussi, sans doute, malgré de très grandes qualités. On pourra trouver que le Cantara chanté par Sœur Lisa vient comme un cheveu dans cette soupe (fort bien) servie par l'austère Frère Brendan. Mais bon, ce n'est qu'un détail. Il existe un mot pour définir cette pochette comme cette musique : envoûtante.


Black Sabbath/1970. A ma connaissance, le heavy metal n'a pas donné lieu à beaucoup de pochettes mémorables. Celle-ci me paraît la plus belle et de loin. Tout est réussi, y compris le lettrage. On est loin des caricatures qui suivront. Ceci dit, je n'ai jamais écouté l'album, à tort probablement.



Hall of the mountain grill/ Hawkwind/1974. Là j'ai triché; il s'agit comme on peut voir du verso de la pochette. Néanmoins cette peinture honorable mais pas extraordinaire capte le feeling essentiel, non dénué de grandeur, de ce groupe à la musique très particulière. On la définit habituellement comme du hard rock cosmique (et comique à certaines époques). Cet album appartient à la meilleure époque du groupe, la première et sans doute la seule qui vaille la peine. Et comme je disais, la pochette traduit très bien le meilleur de cette musique, outre sa puissance impressionnante, un sentiment de grandeur solaire, solitaire et mélancolique. C'est une raison suffisante, me semble-t-il, pour en faire une pochette réussie. Dommage seulement qu'ils ne l'aient pas choisie pour le recto.


Mezzanine/Massive Attack/ 1997. Un autre groupe à la musique de rouleau compresseur, puissante et reptilienne, tout au moins sur cet album. Comme The XX, Mezzanine utilise pour sa pochette le noir et le blanc, une grande sobriété, mais à la différence du premier, elle est belle, classieuse, insolite, une vraie réussite. Digne d'un des tout meilleur album de la décennie 90, pourtant très riche de ce point de vue.


 His greatest misses/Robert Wyatt/2004. Ce titre et cette pochette m'amusent. La collaboration entre Wyatt et son artiste d'épouse est loin de me convaincre en général, tant elle ne parvient pas à capter l'essence de la musique de son génie de mari. Je la préfère nettement en muse. Néanmoins celle pochette-ci n'est pas si mal, quoique très anecdotique. Le titre est d'ailleurs trompeur. Certes Wyatt n'a pas eu de vrais hits, mais les morceaux inclus dans cette sélection sont loin d'être des ratés. L'humour du titre est typique du bonhomme, plein d'autodérision, mais tout près de la coquetterie (vous savez ces gens qui se dénigrent pour mieux s'attirer vos louanges). Le seul fil rouge que je peux voir dans cette collection semble d'avoir évité, autant que faire se peut, les morceaux trop longs. Cela donne quelques intrus et quelques oublis évidents. Par exemple le Muddy Mouse qui figure ici n'est évidemment pas le bon. Reste quand même deux trois chefs d’œuvre de Wyatt, c'est à dire deux trois chefs d’œuvre du rock, c'est à dire deux trois chefs d’œuvre de la musique contemporaine (la vraie, pas celle de France Musiques, avec l'estampille du ministère de la Culture apposée dessus).


 Sgt Pepper's Lonely Hearts club band/The Beatles/ 1967. Et pour finir, comment oublier celle-là. Si connue que je ne saurais dire avec certitude si elle est réussie ou pas, belle ou kitsch. En tous cas, l'inspiratrice de beaucoup d'autres, comme ce détournement, ici, réalisé par le graphiste américain William Banzaï 7.