lundi 16 juin 2014

Éros paysagiste



Éros paysagiste



Fuyons loin des tilleuls et des figuiers !
Portons-nous vers de plus vierges forêts
Que gardent encore les yeux dorés
Du tigre et l’ombre noire des manguiers !

Que de chemin pour gagner ce pays !
Mers plates, monotones et haïes
Où s’épuisent les plus fiers de nos rêves,
Rêves de forces puis de douces trêves.

C’est la nuit : ombre et silence profonds…
Pourtant, venue de l’horizon étale
Une lueur montant des mers orientales
D’un baiser teinte l’abîme sans fond.

Enfin, la côte apparaît sous l’écume,
Puis une grève, un arbre tutélaire;
Plus loin, ce sont des monts noirs dans la brume —
Ces géants qu’on dirait patibulaires !

Là-haut, l’astre qui allume ces feux
Entre deux montagnes roses s’extrait ;
Et sans trêve, chassées vers la forêt
S’enfuient sur la neige des ombres bleues.

Mais c’est en bas que l’œil veut se porter :
Torrents, chaos de rocs, troncs emportés,
Puis un coin charmant, l’idéal sans doute
Pour le voyageur lassé de ces routes.

Passe un rayon de lumière où s’ébroue
Sous la frondaison touffue et mouilleuse
Une créature des plus curieuses 
Qui observe, se tait, et fait la roue.

On passe un col, on descend dans un bois,
Le bois de couleur aux sombres vallées
Où dorment : songes, cœurs bleus, fleurs de soie,
Palmes ! bois de senteur et bois de lait.

Ici, d’énormes troncs verts s’enchevêtrent
Dans la flore barbue et les fougères
Où la rosée s’évapore, légère.
Puis, la chanson de l’eau commence à naître…

Il pleut. Des joncs luisants ploient sous les cordes.
Le vent fouette et gémit. Le lac déborde.
La nature inquiète épie le chasseur
Qu’un pas lent conduit aux oiseaux chanteurs.

samedi 7 juin 2014

Réussir (ou pas) la couverture de son livre

Pour illustrer ce propos, voici d'abord un premier dessin :


Puis voici la couverture que j'en ai tirée :  



Comme vous le constatez aisément, le dessin original a subi un traitement assez violent. D'un point de vue artistique, il est tout à fait discutable. D'un point de vue rationnel, il est aberrant. De mon point de vue, en tant qu'éditeur de mes textes et dessins, c'est pourtant une couverture réussie. Rien d'étonnant à ça. La couverture d'un livre, comme son titre, appartient au domaine promotionnel, ou publicitaire, et non au domaine artistique.
Naturellement, vous n'êtes pas obligé de me croire et d'adhérer à cette opinion tranchée. Mais alors vous ne ferez sans doute pas un bon maquettiste.
Le fait de mettre une femme nue sur la couverture est certes déjà une bonne base de départ (aux yeux de l'éditeur et sans doute du lecteur mâle). Mais ça ne suffit pas. La couverture se doit de renseigner le lecteur d'une façon plus immédiate et concrète pour ainsi dire sur la nature du contenu de ce qu'elle renferme, mieux que les quelques lignes laborieuses que l'auteur ou l'éditeur affichera en dos de jaquette dans l'espoir d’appâter le chaland (ceci est encore du domaine publicitaire). Ainsi, dans le cas présent, le dessin original avait un gros défaut : il n'informait guère le lecteur sur le genre et l'ambiance des nouvelles contenues dans ce petit recueil. Cette ambiance de carte postale - une jolie fille nue dansant sous les cocotiers dans le soleil couchant ne convient guère à un recueil d'histoires fantastiques, même si elle illustre à la lettre un des récits contenus dans le dit recueil. En revanche, une jolie fille nue dansant sur une plage déserte, la nuit, ou bien au crépuscule, dans une lumière spectrale, évoque bien davantage le sujet : fantômes, sabbat, vaudou, sorcellerie, rites païens...
Maintenant, ai-je pensé à tout ça en réalisant cette couverture ? Pas du tout, c'est après seulement, en me disant que tout compte fait, malgré un point de départ vraiment trop banal, j'avais finalement réussi ma couverture.