lundi 24 mars 2014

Les Survivants (retour d'expérience)

Mon roman de SF vient de (res)sortir sur Amazon (ici). J'avais fait paraître une première version e-book de ce roman de SF post-apocalyptique au début de l'année. La nouvelle édition est destinée à corriger quelques petites erreurs, presque toutes entièrement dues à l'idée fausse que je devais calibrer la version liseuse sur la version papier (qui devrait voir le jour durant le second trimestre), pas seulement pour le texte, ce qui se conçoit, mais aussi pour les illustrations et la mise en page générale. Avec le recul, le verdict est tombé : c'était complètement idiot. Tout cela m'a conduit à sous-dimensionner les illustrations, à me refuser bêtement la couleur (car la version papier, pour des questions de coût, et donc de prix de vente, ne peut guère être qu'en noir et blanc), ou à ne pas inclure du tout d'illustrations quand elles ne rentraient pas dans le format liseuse. J'en ai profité aussi pour changer la couverture, une variante proche de la future version papier, et pratiquer quelques minuscules modifications dans le texte que seuls les heureux possesseurs de la première version (un futur collector !) et désirant acquérir la seconde pourront repérer, et encore leur faudra-t-il la plus grande attention.
Voici les nouvelles illustrations, ainsi que la couverture.



De l'ancienne couverture, j'ai tiré cette illustration. Comme on peut s'en douter, ces illustrations n'ont pas pour mission de décrire littéralement le texte : quel en serait l'intérêt ? Elle est plutôt d'en donner l'atmosphère, de fournir une sorte de commentaire poétique, même s'il arrive que les détails correspondent assez précisément à l'histoire, comme ce pilier de lumière dense jaillissant de l'abri en forme de vaisseau spatial.

Voir aussi cet article ayant trait à la même problématique.

lundi 17 mars 2014

UCCELLO et ses créatures brillantes

Uccello est le peintre du mystère, de la nuit, du rêve doucement cauchemardesque, de la tristesse sans fond. Quoi qu'il fasse, quoi qu'il peigne, ses peintures semblent fantastiques, irréelles, d'une noirceur piquetée d'or et de joyaux. Mais même ses créatures les plus brillantes, les plus colorées semblent irrémédiablement tristes.
Le tableau (il s'agit bien d'un tableau et non d'une fresque, comme souvent à cette époque) le plus sinistre, le plus noir, le plus labyrinthique, le plus fermé, le plus sépulcral de l'histoire de la peinture occidentale n'est pas à chercher chez Goya, Grünewald, Bosch, Böcklin ou Friedrich mais chez ce peintre léger et poétique : le voici.
La Chasse de Paolo Uccello

Notez que la scène ne peut se dérouler la nuit; on ne chasse pas à cour la nuit. Et cependant l'impression, comme dans à peu près toutes ses peintures, que les motifs ont été peints sur fond noir est irrésistible. Je vous défie de trouver la moindre lueur de jour (d'espérance) dans ce tableau. Les hommes, bêtes, fleurs et arbres semblent briller d'eux-mêmes par un effet de luminescence nocturne. Les chiens en particuliers sont d'étranges créatures phosphorescentes, fantastiques, dorées et semblent servir à diriger le regard du spectateur vers le centre de gravité du tableau, le point le plus sombre, une sorte de puits noir sans fond. Les arbres pareils à des poteaux, curieusement élagués pour une forêt, renforcent la perspective qui donnent sur un néant progressif. La disposition des personnages ne donnent pas la sensation d'une chasse dirigée, organisée, mais plutôt d'un bazar hétéroclite, et quelque peu grotesque, typique d'Uccello .
La géométrisation de l'espace, qu'on pourrait juger excessive, ainsi que la stylisation exacerbée du trait, figent les personnages dans leurs postures, même les plus dynamiques. C'est une véritable chape qui s'abat sur la scène. Par ces différents moyens, Uccello parvient à donner cette scène champêtre, relativement innocente (la chasse à cour est plus un sport qu'une méthode efficace de tuer du gibier), le caractère fondamentalement pessimiste, noir et désespéré de toute son oeuvre connue.

Je compléterai plus tard cet article sur ce peintre étrange et trop peu connu.

vendredi 7 mars 2014

Eros Paysagiste (1)

Nuit d’Ivresse



Le soir, quand l’ombre envahit le jardin aux cents terrasses,
Se fondent murmures et bribes de conversations.
La belle timide pourchassée implore la grâce
De la bête : un souffle porte l’écho de leur passion 
Plus haut, jusque vers les blanches coupoles du palais.
Le parc est public ; des amoureux rient sous la rotonde
Et des promeneuses ailées arpentent les allées
D’un bois, entre deux haies de charme où grouille tout un monde.
De virils baigneurs s’éclaboussent aux jets des fontaines,
Le bout d’un cigare ressemble à la lueur d’un lampyre :
C’est Mister Jake-Owl qui parle à la nuit et aux phalènes :
— Je crois que je viens de voir passer le premier vampire,
Dit-il, très grave. Une ombre lui répond : — C’est un moustique…
— Jamais… je n’ai entendu… de pareilles idioties,
Souffle alors plus loin la bête, d’une voix d’asthmatique.
Si c’est la peur qui vous fait inventer ces inepties,
Taisez-vous… Je vais vous dire la vérité, d’accord ?...
La vérité est que l’affreuse odeur de bigarade
A sur moi de fort vilains effets… Vous avez eu tort
De suivre les us… Vous dites que je vous rends malade ?
Et bien moi, vous me rendez complètement fou, madame !...
Mais voici les flâneuses dont le vent lève les traînes :
— Ce type a une façon de dévisager les femmes…
Heu… méditerranéenne — Méditerranéenne !?
Rugit Chloé fâchée, c’est la honte de la famille !...
— Vampire, ça n’est pas à la portée du premier venu,
Cher Jake-Owl, reprend l’inconnu dans l’ombre des charmilles,
Une silhouette géante qu’on dirait cornue.
Il faut du sang bleu, être snob, habiter un château
Sur les bords du Danube. Et surtout il faut être mort…
— Comme il considère notre sexe ! Un petit gâteau !
— Pauvre Mina, dit Lucie, ne l’as-tu pas vu encore
Loucher sur le col de Chloé en lui servant du vin ?
Il lui a dit aussi un mot ou deux, mais si bas
Que nul n’a compris : sans doute lui vantait-il son vin…
Un cru soit dit en passant digne d’un riche nabab…
Les amoureux soupirent : (lui) — Aimes-tu que je dise :
Tu es à moi ? — Oh, je suis à toi, mon agneau. Et j’aime
Que tu le dises, oui. Les mots sont comme des friandises,
Nos paroles sont les montures des baisers qu’on sème…
— Vous voulez dire non-mort ? — Excellent, mon cher Jake-Owl…
— N’empêche, cette petite a deux pétales de rose.
Je l’ai bien regardée : elle n’avait ni fards ni khôl
Et crois-moi, chérie, ces ingénues aux lèvres de rose
Ne sont chose aussi courante qu’on l’écrit dans les livres…
— Parle-moi encore. Ne dormons pas. Les nuits d’été
Sont faites pour les mots et les caresses qui enivrent…
— Chut ! Le voilà — Qui ça ? — L’homme qui nous a invités.
Tout se tait et s’arrête. Même le bestial amant
Retient son haleine, guettant le maître de la fête :
Des cornes de cerfs ornent son front — Mais c’est un géant !
S’écrie-t-on de partout — C’est donc lui, le roi, le poète !