samedi 20 décembre 2014

Tomorrow's Modern Boxes de Thom Yorke : la plus belle des boîtes (à musique)

Vous n'aimez pas l'électronica ? Vous n'aimez pas la tête de Thom Yorke ? Sa barbe et sa coupe de cheveux ? Ses yeux de traviole ? Sa dégaine de gringalet trop pâle ? Vous n'aimez pas ses idées d'écolo-bobo-roulant sur l'or ? Vous ne comprenez rien à ses textes qui tiennent du cadavre exquis et du tag incompréhensible qui décore votre cage d'escalier ? Très bien, moi aussi. Mais si vous aimez la musique, pas la musiquette hein, la vraie, la grande, celle qui s'invente jour après jour, celle qui fait chanter la vie, même et surtout la plus misérable, alors vous devez au moins essayer d'écouter cet album.
Mais d'abord vous devez vous débarrasser de tout ce que vous avez pu lire à ce sujet, venant des habituels experts, ces critiques très compétents, d'une intégrité à toute épreuve, qui vous décernent un premier prix d'interprétation - vocale ! - à une Charlotte Gainsbourg (et bien d'autres consœurs du même tonneau) et qui vous feraient passer The XX, ces fainéants nés, pour le groupe du XXI ème siècle. De toute façon, avec eux, Yorke n'avait pas la moindre chance. Il est devenu la nouvelle cible, le type à descendre. Que son album ait été mauvais, moyen ou extraordinaire n'aurait rien changé : la critique était déjà toute prête dans les tiroirs. Quand on est journaliste, il faut faire le buzz, suivre la mode, aller dans le sens du vent, toujours. Et il a été décidé depuis quelques années que Thom Yorke, Radiohead, étaient devenus des barbons barbants, incapable de se renouveler et je ne sais quoi encore. Tiens, cela correspond précisément au moment où ils ont décidé de se passer des services habituels de l'industrie musicale, dont les médias sont un des principaux rouages. Un simple hasard, pour sûr. Cela me rappelle ce qui est arrivé à l'album de Beck, Sea Change, son meilleur, qui a été joliment descendu à l'époque par la critique unanime, encore plus que celui de Thom Yorke, parce qu'il avait eu le malheur de révéler juste avant son appartenance à l'église de Scientologie. Peut-être bien que c'est mal d'être scientologue, ou d'aimer la scientologie (rien que le mot fait peur!) mais quel rapport avec Sea Change ? Aucun bien sûr. Et maintenant vous voyez les mêmes journalistes dans les mêmes journaux exécuter leur rétropédalage habituel, c'est-à-dire comme de parfaits faux culs, en douce, l'air de rien, et qu'en effet il était peut-être bon cet album après tout. Mais bon, je n'étonnerais personne : ça fait partie du métier, petit !
Sea Change était un très bon, un excellent album même. Mais Tomorrow's Modern Boxes est bien plus que cela : une exception, une chose qui ne devrait pas exister à notre époque, de la poésie, de la beauté à l'état pur. dedans, Yorke réussit une chose rare : chaque titre est meilleur que le titre précédent. C'est dire que le "tube" A brain in a bottle n'est pas le meilleur, loin de là, même si à vrai dire il ne nuit en rien à l'homogénéité remarquable de ce disque. J'aimais beaucoup, après de grosses difficultés d'écoute au départ, The King of Limbs. mais celui-ci ne pose pas ce genre de problème. la grâce s'impose sans forcer, sans effort particulier pour l'auditeur. C'est cela Tomorrow's Modern Boxes : un moment de grâce.

Pour écouter, c'est ici :

lundi 15 décembre 2014

mardi 2 décembre 2014

De la bonne utilisation de la documentation dans une oeuvre de fiction



Si vous écrivez des histoires ou des scénarios, et plus encore si vous écrivez des histoires qui font appel à une grande part d’imagination, vous devrez nécessairement avoir recours à un moment ou à un autre à de la documentation. À la rigueur, vous pourriez vous en passer si vous écriviez des histoires qui se déroulaient toujours dans le cadre que vous connaissez le mieux. Mais cela risquerait alors d’être assez monotone. Donc nous pouvons considérer que la recherche de documentation est un élément nécessaire dans la préparation d’une histoire fictive (et même si elle n’est pas fictive). Et plus loin l’histoire nous entraînera  dans des contrées imaginaires, plus cette documentation devra être importante afin d’ancrer solidement le gros ballon que vous tâchez de gonfler et de faire s’élever. Autrement, vous vous perdrez rapidement dans un ciel sans règle ni limite autres que celles de votre arbitraire et vous perdrez le lecteur avec. C’est une question d’équilibre et de contrepoids. Par exemple, si vous désirez raconter une histoire se déroulant dans le cadre d’un vaisseau interstellaire, comme on a pu en avoir un exemple récent sur les écrans de cinéma (film dont, comme dirait Cervantès, je préfère oublier le nom), vous avez intérêt, sauf si vous êtes professeur d’astrophysique, et si vous avez pour cible un public ayant dépassé l’âge de sept ans, à vous renseigner un minimum sur la question. Ou bien vous ne serez pas crédible. Et la crédibilité, ou, si vous préférez, la crédulité du lecteur, est la clé de tout le reste. Et c’est bien le point : la documentation dans une fiction n’a qu’un seul but, le même que tous les autres ingrédients composant votre histoire : faire que vous soyez cru.

Il y a deux grands types d’erreur à ne pas commettre avec la documentation.

La première est de vous noyer dedans et votre lecteur avec. Ne perdez jamais le but de vue : ce n’est ni un concours d’érudition ni un manuel de construction ni une carte Michelin des pérégrinations de votre héros qu’on vous demande. Un exemple illustre de ce qu’il ne faut pas faire — mais réalisé dans ce cas avec un talent certain et une originalité non moins certaine — est Salammbô de Flaubert. Un exemple tout aussi illustre de ce qu’il faut faire est Guerre et Paix de Tolstoï dans sa description des campagnes napoléoniennes, vues du côté russe. Tourgueniev faisait remarquer qu’en réalité Tolstoï ne savait pas grand-chose de Napoléon. Mais il notait aussi que les éléments descriptifs apparemment anecdotiques semés par Tolstoï au fil du texte étaient si bien choisis que le lecteur avait l’impression que l’auteur savait tout de cet homme et avait pour ainsi dire passé sa thèse dessus. Voilà l’essentiel : choisir ce qu’on doit garder. Méfiance encore car cette érudition toute nouvelle que vous venez d’acquérir en potassant la question est d’autant plus séduisante qu’elle est… neuve justement. Et donc superficielle. Méfiance car le lecteur qui lui sait de quoi vous parlez verra facilement à travers le vernis votre niveau réel, plus proche du cours élémentaire. Vous obtiendrez alors le résultat inverse de ce que vous cherchez : l’incrédulité. Et c’est ici que j’arrive à la seconde erreur.

Récemment, j’ai lu une histoire de SF bien écrite, intéressante, prenante même, et qui pourtant a failli me tomber des mains à peine commencée. L’histoire narre les démêlés sanglants d’un homme venu s’exiler au fond des bois après un double échec, professionnel et familial (il est en cours de divorce) avec une bande de petites femmes brunes tout droit sorties d’un vaisseau spatial venu s’écraser sur un lac gelé. A un moment, l’homme sort de sa cabane en rondins dans une neige épaisse et qui continue à tomber. Sa réserve de bois est presque à sec et il va donc couper du bois de feu. Il est évident que l’auteur s’est soigneusement documenté sur la question de la vie dans les bois, de la chasse, des fusils et carabines, de comment construire un feu, etc. Néanmoins il veut trop en faire et commet une petite erreur. Passons sur le fait que son héros s’y prenne au pire moment pour aller couper son bois, juste avant une tempête de neige, bois qui de toute évidence sera vert et peu combustible ; après tout ce n’est pas un vrai homme des bois, c’est un citadin, un ingénieur venu se mettre au vert (ou au blanc en fait) : il peut ignorer ce genre de choses. L’auteur nous dit que pour couper son bois, il emporte avec lui une hache, une tronçonneuse, un merlin et un coin. En effet tous ces outils sont utiles pour couper et/ou fendre du bois : il s’est bien documenté sur la question. Mais il veut être trop précis sur un sujet qu’il connaît mal. Car s’il y a une chose que son personnage ne peut ignorer, contrairement à lui, c’est qu’on n’utilise pas une hache et un merlin. C’est soit l’un soit l’autre et de préférence le dernier. Si vous avez un merlin et une tronçonneuse, inutile d’avoir une hache. Pas un bûcheron, même amateur, même un peu novice, ne pourrait agir de cette façon. Si l'auteur avait réellement fendu du bois une seule fois dans sa vie, il saurait que la hache est inutile dans ce cas précis : pas un bûcheron ne coupe un arbre avec une hache s’il dispose d’une tronçonneuse, même le plus écolo, et s’il dispose d’un merlin, qui lui sert aussi à enfoncer les coins, il prendra le merlin,  pour fendre, jamais la hache. Qui plus est dans une neige épaisse et lourde comme décrite par l’auteur quand on sait le poids d’un merlin, d’une hache et d’une tronçonneuse. C’est un tout petit détail mais qui illustre bien la perte de crédulité qu’on peut atteindre en voulant trop bien faire ou en voulant paraître plus savant qu’on ne l’est en réalité.
Mon conseil : si vous devez écrire une histoire dans un cadre que vous ne connaissez pas ou mal, limitez au maximum les détails techniques, dont l’intérêt échappera d’ailleurs à la majorité des lecteurs et qui dérangera profondément les quelques autres, ceux qui se trouvent justement connaître d’expérience le sujet (même si on peut supposer raisonnablement que cet auteur n’a pas trop de bûcherons et de trappeurs parmi son lectorat).

mardi 18 novembre 2014

Pochettes de disques : the good, the bad and the ugly.

Voici une petite sélection de pochettes de disques qui m'auront marqué à des titres divers... Évidemment, c'était tout de même autre chose avec les vinyles.
Je n'ai retenu que des pochettes contenant des œuvres originales (réalisées spécifiquement pour le besoin de l'album), photos, simple lettrage, dessins, ou peintures, et j'ai écarté celles qui se contentent de reprendre quelque œuvres du passé, aussi belles - ou laides - fussent-elles. Il y a pourtant une ou deux exceptions à cette règle, que je vous laisse deviner, repêchées pour l'effort de recherche iconographique ou l'extrême pertinence du choix en rapport avec le contenu.
Naturellement, il existe des pochettes plus esthétiques ou plus hideuses que celles-ci, mais celles-là ne m'ont fait ni froid ni chaud.
Enfin, j'ai éliminé de ma liste tout disque paru avant le milieu des années 60, puisque à cette époque la laideur était une règle imposée, presque jamais prise en défaut semble-t-il. 

 Strange Days/The Doors/1967. Voici pour commencer une des pochettes les plus réussies à ma connaissance, une de mes préférées aussi, toutes époques confondues. Pourtant, les Doors ne sont vraiment pas des spécialistes de la pochette esthétique. La cause indirecte de cette réussite est le refus de Jim Morrisson de figurer sur la couverture. Le photographe a fait le reste, plus un zeste de chance apparemment. Si les streets performers - certains sont des acteurs - étaient prévus, je n'ai trouvé en revanche mention nulle part du rôle réservée à la femme en robe de chambre, somptueuse, qui ouvre au petit comique. Or, c'est sa présence qui crée le décalage, l'ouverture sur un autre monde, et donc une bonne partie du sel de cette photo. A noter que Morrisson apparaît bien sur la pochette par l'entremise d'une affiche de concert, aussi bien sur le recto que sur le verso (astucieux).
Sinon le disque est très bon, pas mon préféré du groupe, mais excellent dans l'ensemble.

You and Me/The Walkmen/ 2008. Une autre superbe pochette.  La photo n'est pas mal cadrée comme pourraient le croire certains, au contraire, elle est parfaite. Juste le mystère qu'il faut. J'ai rarement écouté des disques pour leur pochette, et encore moins souvent je les ai aimés. Eh bien You and Me de The Walkmen est un de ces cas rarissimes. Un très bon album, porté par un chanteur magnifique et un son très original.

The King of Limbs/Radiohead/2011. Ce n'est pas ma pochette préférée de Radiohead; celle de Kid A, véritablement en symbiose avec la musique, est certainement meilleure mais j'en ai déjà parlé ici-même. J'apprécie tout particulièrement les musiciens qui demandent des créations originales à des artistes contemporains pour leurs pochettes. La collaboration entre le groupe et Stanley Donwood est un modèle du genre. Belle pochette encore une fois (seule celle du premier album est ratée; elle pourrait presque figurer parmi le musée des horreurs). Très bon album, difficile d'abords, artistiquement très pentu - une sorte de face nord pour l'auditeur, j'en ai peur - mais se bonifiant de façon impressionnante au fil du temps. Que Radiohead parvienne à faire du commerce avec une telle musique, et apparemment en vivre très bien, est sidérant.


Attahk/Magma/1978. Avec celle-ci, comme chacun peut le constater, on entre de plein pied au musée des horreurs. Rien dans cette hideuse pochette ne peut laisser prévoir la beauté intérieure de cet album, la splendeur poétique de Dondaï, la surpuissance de Spiritual, ou le dynamisme créateur de Last Seven Minutes. Tout ne vole pas à la même hauteur, cela dit.


 Myth Takes/!!!/2007. Superbe pochette, annonçant assez bien le fouillis endiablé de la musique de !!!  Un fouillis savant, joyeux, plaisant et plutôt dansant. Un de ces rares albums que j'ai pris pour la pochette. Pas un vrai coup de cœur comme celui de The Walkmen, mais pas mal quand même.



Foxtrot/Genesis/1972. Le tournant des années 60 et ses tendances psychédéliques est une vraie mine de pochettes expérimentales imbuvables, ce qui est aussi vraie pour la musique. Genesis en fût un  fournisseur très régulier. J'ai choisi celle-là mais j'aurais pu en trouver bien d'autres. Le moins qu'on puisse dire est que la composition et l'art du dessin de Paul Whitehead laissent dubitatif. Le lettrage, particulièrement laid, n'arrange rien.


Crisis? What crisis?/Supertramp/ 1975. Encore un groupe des années 70. Le titre et la pochette sont amusants : sans doute font-ils référence à la première crise pétrolière mais semblent encore plus justifiés pour l'époque actuelle. La pochette la plus réussie du groupe, en tous cas la plus parlante. Bizarrement je n'ai jamais écouté l'album. Pourtant, j'aime assez ce groupe, ses mélodies proprettes, claires et bien construites, en particulier School, Hide in your shell...


House of the Holy/Led Zeppelin/1973. Enfant, j'ai eu souvent cette pochette sous les yeux. Je ne sais si elle est belle ou kitsch mais je sais qu'elle est très attirante. Cependant, Led Zep n'a jamais été ma tasse de thé et je n'ai jamais écouté ce disque-là non plus (alors que j'ai bel et bien écouté le suivant et plus d'une fois : allez comprendre).



 The least we can do is wave to each other/Van der graaf generator/1969. Sorti de la même pépinière de talents que Genesis, comme on peut le deviner à la pochette. Quand on voit des peintures de cet acabit, on se dit qu'une banale photo du groupe en noir et blanc n'aurait pas été une si mauvaise idée. Tellement horrible que j'ai repeint par-dessus mon exemplaire.


I'm coming/ Jack The Ripper/2003. Belle peinture de Machado pour une superbe pochette. Le meilleur groupe français des années 2000 selon moi, malheureusement déjà disparu, semble-t-il, faute de succès. Si vous ne connaissez pas, essayez plutôt pour commencer l'album suivant Ladies First, à la moins jolie pochette, toujours de Machado, mais à la musique très aboutie.


Shiny Beast/ Captain Beefheart/1978. Celui-là, avec un nom pareil, je ne pouvais pas le rater. Encore une belle peinture, réalisée par le musicien lui-même. Don Van Vliet alias Captain Beefheart est en effet un des rares musiciens de ma connaissance à posséder aussi un talent graphique certain. Un bon album emmené par la voix géniale et sauvage du Captain, assez excentrique, baroque,plutôt hétéroclite mais pas trop débraillé, et de toute façon nettement plus audible que son soi-disant chef d’œuvre Trout Mask Replica (un sommet de la musique snob, une heures de pluie tambourinant sur un toit de tôle sous la baguette du maestro pour rire Zappa). Par la suite, Don Van Vliet a pris sa retraite de musicien pour se consacrer à son autre dada : c'est plus reposant, je pense.

 The Spinning Top/Graham Coxon/2009. Voici un autre musicien dessinateur : Graham Coxon.  Néanmoins les pochettes ne sont pas le fort du bonhomme. Le livret nous gratifie d'une véritable collection de ses œuvres picturales, très pardonnables chez un enfant de 10 ans. Coxon a la manie de vouloir tout faire lui-même. Dommage car la musique est bonne quoique beaucoup trop copieuse, variée, parfois inspirée. Son meilleur album solo à ma connaissance. Pas très loin de valoir celui, plus récent, et tout aussi intime, de son compère Damon Albarn, la voix en moins pour sûr. Un producteur armé de grands ciseaux  et un vrai dessinateur n'auraient pourtant pas été du luxe.


 The XX/2009. Première constatation : les XX suivent un concept minimaliste. Une ou deux lettres pour leur nom, une ou deux couleurs pour la pochette, un ou deux mots par titre, un ou deux instruments, un ou deux chanteurs. La pochette réussit une rare combinaison : l'ultra sobre avec l'ultra moche. Bien que l'album ait été porté au pinacle par la critique unanime, il n'est pas aussi mauvais que ça. Juste moyen. Le minimum quoi.


Born in the USA/Bruce Springsteen/1983. Faut-il commenter cette pochette ? Finesse et bon goût réunis. Mais bon c'est le boss...










Hats/The Blue Nile/1989. Dans la série des ratages, cette pochette-ci n'est pas mal non plus. Me fait penser aux anciens paquets de gitanes. C'est d'autant plus ennuyeux qu'elle enveloppe  le meilleur album des années 80. Mon préféré en tous cas. Il y a pourtant beaucoup d'erreurs dans cet album : la pochette insensée, sans aucune connexion avec la musique chaude et pleine d'âme de Buchanan, le titre sorti du même ordinateur fou, les arrangements qui sentent parfois le synthé de pacotille (à la mode de l'époque). Et pourtant quelle beauté est cachée là-dessous! Qui l'aurait cru ?!


Closer/Joy Division/1980. Un autre chef d’œuvre des années 80. Belle photo toute en clair-obscur. Incontestablement, le choix est judicieux. Difficile de faire musique plus sépulcrale que celle chantée par Ian Curtis.





Within the realm of a dying sun/Dead Can Dance/1987. La transition était facile entre ces deux-là. Nettement plus orchestral et spatieux que le précédent toutefois. Plus superficiel aussi, sans doute, malgré de très grandes qualités. On pourra trouver que le Cantara chanté par Sœur Lisa vient comme un cheveu dans cette soupe (fort bien) servie par l'austère Frère Brendan. Mais bon, ce n'est qu'un détail. Il existe un mot pour définir cette pochette comme cette musique : envoûtante.


Black Sabbath/1970. A ma connaissance, le heavy metal n'a pas donné lieu à beaucoup de pochettes mémorables. Celle-ci me paraît la plus belle et de loin. Tout est réussi, y compris le lettrage. On est loin des caricatures qui suivront. Ceci dit, je n'ai jamais écouté l'album, à tort probablement.



Hall of the mountain grill/ Hawkwind/1974. Là j'ai triché; il s'agit comme on peut voir du verso de la pochette. Néanmoins cette peinture honorable mais pas extraordinaire capte le feeling essentiel, non dénué de grandeur, de ce groupe à la musique très particulière. On la définit habituellement comme du hard rock cosmique (et comique à certaines époques). Cet album appartient à la meilleure époque du groupe, la première et sans doute la seule qui vaille la peine. Et comme je disais, la pochette traduit très bien le meilleur de cette musique, outre sa puissance impressionnante, un sentiment de grandeur solaire, solitaire et mélancolique. C'est une raison suffisante, me semble-t-il, pour en faire une pochette réussie. Dommage seulement qu'ils ne l'aient pas choisie pour le recto.


Mezzanine/Massive Attack/ 1997. Un autre groupe à la musique de rouleau compresseur, puissante et reptilienne, tout au moins sur cet album. Comme The XX, Mezzanine utilise pour sa pochette le noir et le blanc, une grande sobriété, mais à la différence du premier, elle est belle, classieuse, insolite, une vraie réussite. Digne d'un des tout meilleur album de la décennie 90, pourtant très riche de ce point de vue.


 His greatest misses/Robert Wyatt/2004. Ce titre et cette pochette m'amusent. La collaboration entre Wyatt et son artiste d'épouse est loin de me convaincre en général, tant elle ne parvient pas à capter l'essence de la musique de son génie de mari. Je la préfère nettement en muse. Néanmoins celle pochette-ci n'est pas si mal, quoique très anecdotique. Le titre est d'ailleurs trompeur. Certes Wyatt n'a pas eu de vrais hits, mais les morceaux inclus dans cette sélection sont loin d'être des ratés. L'humour du titre est typique du bonhomme, plein d'autodérision, mais tout près de la coquetterie (vous savez ces gens qui se dénigrent pour mieux s'attirer vos louanges). Le seul fil rouge que je peux voir dans cette collection semble d'avoir évité, autant que faire se peut, les morceaux trop longs. Cela donne quelques intrus et quelques oublis évidents. Par exemple le Muddy Mouse qui figure ici n'est évidemment pas le bon. Reste quand même deux trois chefs d’œuvre de Wyatt, c'est à dire deux trois chefs d’œuvre du rock, c'est à dire deux trois chefs d’œuvre de la musique contemporaine (la vraie, pas celle de France Musiques, avec l'estampille du ministère de la Culture apposée dessus).


 Sgt Pepper's Lonely Hearts club band/The Beatles/ 1967. Et pour finir, comment oublier celle-là. Si connue que je ne saurais dire avec certitude si elle est réussie ou pas, belle ou kitsch. En tous cas, l'inspiratrice de beaucoup d'autres, comme ce détournement, ici, réalisé par le graphiste américain William Banzaï 7.




samedi 8 novembre 2014

Mes livres (revue générale)


A l'occasion de la nouvelle édition en cours de mes différentes publications, édition révisée et parfois augmentée, il m'a semblé intéressant d'en faire l'inventaire complet.
Le motif de départ de cette nouvelle édition était d'améliorer et d'uniformiser les maquettes des livres, de sorte qu'ils soient plus immédiatement identifiables. Les couvertures assez disparates de mes publications, jusqu'ici, ne me convenait pas. Ma collaboration gracieuse aux éditions Setting Sun m'a fait d'autant plus prendre conscience de l'urgence de faire quelque chose à ce sujet.
L'idée de base de la nouvelle maquette m'a été inspirée par celle d'un très vieil hebdomadaire, ou mensuel (je ne sais plus) de bande dessinée, Pilote, revues qui appartenaient à mon père et que j'avais retrouvées, enfant, traînant dans un carton au grenier. Une des plus belles découvertes de ce genre qui m’ont été données de faire. C'était à l'époque — du début des années 60 au milieu des années 70, je dirais — un excellent journal de BD, dirigé par le boss Goscinny où on pouvait trouver donc Astérix et Lucky Luke à leur grande époque, mais aussi Blueberry, Valerian, des histoires de SF de Gir (Moebius), Time is Money d'Alexis et Fred (très bons ensemble) ou les premières bandes de Tardi. Son seul défaut à mes yeux était son goût pour la politique, mais j’imagine que c’était l’habitude à l’époque dans le sillage de mai 68, du moins pour les journaux visant, aussi, un public adulte.
Le journal avait un format très particulier, loin des standards, même pour l'époque, bien plus long que large, et la couverture, très seyante, avait cette division verticale, placard noir avec texte de présentation/ dessin que j'ai reprise ici.
Pour chaque livre, ou plaquette (recueil très bref ou nouvelle simple) composant la liste ci-dessous, j'ai ajouté quelques mots sur le contenu et bien sûr j’ai mis la couverture en illustration.
Comme ces publications sont destinées à être complétées et/ou enrichies graphiquement au fil du temps, le côté journal convient assez bien.
Pour chaque livre, ou plaquette (recueil très bref ou nouvelle simple) composant la liste ci-dessous, j'ai ajouté quelques mots sur le contenu et bien sûr la couverture.




 Une simple plaquette. Ma seule nouvelle à ce jour pouvant être rangée sans hésitation dans le domaine de la SF. Probablement une de mes couvertures les plus réussies - et très fidèle au texte pour une fois. (Voir ici.)













Presque tout est dit sur la couverture. c'est d'ailleurs un des intérêts de cette nouvelle maquette. Jolie couverture, assez mystérieuse me semble-t-il. (voir ici.)

















Une simple nouvelle, encore une fois teintée de science-fiction. Le dessin de couverture illustre davantage le titre que le contenu, un peu moins romantique, mais assez noir en effet. (Voir ici.)


















Recueil de deux nouvelles centrées sur le thème du guérisseur (je reprends ici la description contenue dans un commentaire critique d'une lectrice très factuelle, paru sur Amazon). Le titre du recueil est aussi le titre de la première nouvelle. La couverture est simplement descriptive, trop peut-être.
(Voir ici.)













A nouveau, un recueil très homogène dans sa matière. Néanmoins le traitement y est très différent dans chacune des trois nouvelles : traditionnel dans la première, poétique dans la seconde, réaliste (voire médical) dans la dernière. A lire le troisième récit d'un œil distrait, certains pourraient même passer complètement à côté du sujet principal : le loup-garou. (Voir ici.)










 Plaquette comprenant la première partie du roman Les Survivants. surtout destinée à permettre des lectures gratuites et donner l'envie de lire le roman complet. (Voir ici.)










 Recueil de 13 nouvelles. Certaines peuvent être trouvées à plus petit prix, ou même gratuitement, dans les publications ci-dessus. Comme tous mes livres qui font l'objet d'une version papier, la maquette ne suit pas la règle générale. De légères modifications devraient lui être apportées. (Voir ici.)











 Roman de science-fiction, post-apocalyptique. Mêmes remarques que pour le précédent.(Voir ici ou .)













Verso de la couverture du roman en version papier.


















vendredi 31 octobre 2014

Stanley Donwood et le Kid A





La collaboration entre Radiohead et le peintre/graphiste Stanley Donwood ne date pas d’hier. En fait, si mes souvenirs ne me trompent pas, elle a commencé officiellement en 1995 avec l’album The Bends, le premier album mémorable du groupe. On doit donc noter que le plus mauvais album de Radiohead, sans contestation possible, Pablo Honey (tout juste au-dessus du niveau de flottaison) est le seul album à ce jour à ne pas avoir bénéficié du concours de Donwood. Preuve que le dessinateur est indispensable aux musiciens comme source d’inspiration ? probablement pas. Mais simple coïncidence, on peut en douter. D’autant plus si on ajoute que l’artwork le plus réussi de Donwood se trouve être celui de Kid A, qui est, toujours par hasard, le meilleur album de Radiohead, et de loin (même si j’ai une estime croissante pour le dernier né The King Of Limbs).



L’ambiance et le graphisme des peintures de Donwood pour Kid A sont en parfaite adéquation avec l’esprit de la musique du groupe sinon avec la lettre. Le dépaysement absolu que provoque la, ou plutôt les premières écoutes, ce sommet glacial et brûlant de la musique moderne (la vraie, pas celle sponsorisée par les institutionnels) sont transcrits avec une grande exactitude par l'artiste. Avec le Kid A, on voyage dans un monde déjà mort ou bien peu s’en faut. Presque plus rien ne bouge excepté quelques zombies hallucinés, quelques mutants grimaçants sortis de quelques (mauvais) romans de SF. L'apocalypse a déjà eu lieu, d'évidence, même s'il reste encore ici et là quelques sons et lumières, très suspectes celles-ci, très jolies à vrai dire dans ce ciel bien sombre, avec toutes ces couleurs vives. C'est beau une explosion nucléaire, la nuit. Bon, sur la peinture, il s’agit de volcans; OK, mais l’esprit est le même.

Outre la forte charge poétique de cette musique, la grande vertu de ce groupe est sa capacité à se remettre en question, à aller toujours un peu plus loin sur la route qu’il s’est tracé. Son évolution atypique et imprévisible est d'ailleurs une des raisons qui en font un groupe si attachant. Franchement qui aurait parié en écoutant le premier album, le ni bon ni mauvais rock de Pablo Honey, que 7 ans plus tard, ce groupe serait au sommet, ce pic glacial et solitaire qu'on voit sur la pochette ? Pas moi, et pas vous non plus, soyez de bonne foi. Et qui aurait dit qu’après OK Computer, ce succès populaire total mais seulement demi succès artistique, ils auraient pris le risque de se brûler les ailes avec une œuvre aussi risquée, aussi raide à gravir comme à descendre ? Radiohead est le groupe des grands virages, sans visibilité aucune. Et Stanley Donwood a toujours su épouser les méandres torturés de son génial créateur.

Kid A, sorti à la fin de l’année 2000 clôture le vingtième siècle et contemple derrière lui les décombres d'un siècle d'horreurs. Non, je ne crois pas que ce soit devant lui. Car à la fin, ce titre curieusement féerique, Motion machin, ne serait-ce pas... mais oui, on dirait un arc-en-ciel... !

samedi 13 septembre 2014

Le Créateur et l'Univers ( où je me fais critique de peinture)

Dans la réalité, la vraie vie, cette peinture ne porte pas de titre. Mais si j'avais dû lui en donner un, celui-ci aurait sans doute convenu.
Il est probable qu'à première vue, vous avez pensé voir un tableau abstrait. Il n'en est rien. Je suis un féroce partisan du figuratif et cette peinture n'y fait pas exception, au sens premier comme second du terme figuratif. Voyez-vous la figure centrale ?... Non, et comme ça :

Toujours pas?... Alors effectuons un petit zoom central :
Cette fois vous l'avez.
Cette peinture a deux significations et deux sens - deux directions - dans lesquels elle peut être vue. C'est pourquoi, elle a deux signatures qui indiquent les deux positions préférentielles : il suffit de placer l'une des deux en bas à gauche.
Le visage central est donc celui du créateur, au sens métaphorique, et dans cette lecture, l'univers est celui de l'artiste créant, d'où jaillit formes et idées telle l'explosion première présidant à la naissance de notre univers. La création artistique est d'ailleurs très littéralement une re-création. Ici, elle est donc considérée sous son angle le plus spectaculaire et le plus essentiel : le jaillissement brut qui permet tout le reste, ce qu'on appelle l'inspiration (quelle soit divine ou pas). Naturellement, cela n'exclut pas l'autre face, le  souvent long et quelquefois pénible labeur qui suivra. Si on remonte la métaphore à contre-courant ou si on poursuit l'analogie, on peut supposer que le chemin entre cet instant 0 et le nôtre a été non seulement long, ce qui est avéré, mais sans doute aussi semé d'embûches : la longue évolution entre le quark, ou Dieu sait quel autre particule étrange, et l'Homme, la merveille de cet univers. L'observateur attentif pourra d'ailleurs discerner dans cette matière explosive nombre de visages, crânes, silhouettes animales comme ci-dessous (en réalité, il y a ici plusieurs visages fondus ensemble):


Je n'ai pas choisi de commenter cette peinture uniquement pour ces qualités métaphysiques ou métaphorique mais aussi et surtout pour ses qualités techniques.
L'effet de transparence y est, selon moi, particulièrement réussi, et pas si facile à obtenir par les moyens utilisés. Le contraste est presque maximal et rarement atteint dans l'art généralement un peu pâle de l'aquarelle. Car il s'agit bien d'une aquarelle, à 99 %. L'impression de mouvement et de lancer de peinture incontrôlés est en fait ici des plus contrôlées (ce qui veut dire, dans le cadre de l'exécution forcément rapide d'une aquarelle, beaucoup de réflexion et de préparation avant l'acte lui-même). Ses effets se rapprochent, peut-être de manière inattendue, de ceux obtenus plus habituellement par l'art simple du vitrail (couleurs très vives et transparentes cernées de noir opaque) auquel je suis sensible depuis tout petit. Néanmoins, autre paradoxe, il n'y a pas la moindre goutte de noir dans cette peinture. Vous ne me croyez pas? Faites-moi confiance tout de même: il n'y en a pas.
Cette inspiration fructueuse m'a conduit a proposé une autre variante que j'aurais pu intituler Nova ou Supernova : la voici. Plus riche en détails cachés et en couleurs, elle me paraît cependant quelque peu inférieure dans sa globalité. Mais libre à vous d'en juger autrement.

Un détail :